mercredi 14 février 2018

Pauline, Jessica, Chloé et les hommes mariés (5)

Dessin de Mike

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– Vous savez ce que je me demande, les filles ?
– Quoi donc, Pauline ?
– Le premier type, là, celui dont je m’étais occupée…
– Luc.
– Luc, oui.
– Eh ben, si ça tombe, ça l’a pas découragé notre petite leçon de l’autre jour. Il s’est déjà remis en chasse.
– Oh, tu crois ?
– Comme je l’ai perçu, c’est le mec complètement accro. Qui peut pas se passer de multiplier les conquêtes.
– Il y est plus pourtant son pseudo sur le site.
– Ça, évidemment ! Il est pas idiot. Il a dû s’en recréer un autre. Et dès le lendemain, si ça tombe. Je vais étudier ça de près.

Le soir même, elle déboulait triomphalement chez moi en compagnie de Jessica.
– Bingo ! C’est Vatilord son pseudo.
– T’es sûre ?
– Certaine. Il fait toujours systématiquement les mêmes fautes d’orthographe.
– Ah ! Et alors ?
– Et ben alors, j’ai bien envie de pas le lâcher. Je vais me créer un autre profil et je vais le brancher. Le connaissant, il va donner tête baissée dans le panneau. Et finir par me proposer une rencontre.
– J’imagine sa tête quand il va voir que c’est toi.
– Ah, ça, il sera dans ses petits souliers. Et il y aura pas de grands discours. Pas de discours du tout, même. Je vous l’amène aussi sec. Pieds et poings liés. Et en place pour le quadrille.

Ça n’a pas été aussi vite qu’elle l’imaginait.
– Il écrit. Beaucoup. Il téléphone. Quasiment tous les jours. Mais il parle pas de rencontre. Alors ou il est surbooké, il a tout un tas de nanas dans tous les coins ou bien alors il se méfie.
– Peut-être qu’il a reconnu ta voix ?
– Ça m’étonnerait. Elle est pas spécialement reconnaissable, ma voix, et puis il doit en entendre tellement que dans le tas…
Mais ça a quand même fini par arriver.
– Ça y est ! C’est mûr. Je vous attends, les filles, toutes affaires cessantes.

Elle l’avait fait mettre à genoux, sur une chaise, tout nu, les mains sur la tête.
– Eh ben, dis bonjour, toi ! Qu’est-ce t’attends ? Tu reconnais pas Jessica et Chloé  ?
– Bonjour.
En gardant les yeux obstinément fixés par terre.
– Ah, non, mais mieux que ça ! On regarde les gens quand on les salue. C’est la moindre des politesses. Allez, recommence !
– Bonjour, Jessica ! Bonjour, Chloé !
En nous lançant à chacune, à tour de rôle, un bref regard, lourd de confusion.
– C’est mieux. C’est pas encore ça, mais c’est mieux. Oui, alors vous voyez, les filles, il y a un petit bonus aujourd’hui. Parce qu’il se fiche vraiment du monde. Nous, on s’est démenées, tant qu’on a pu, on a payé de notre personne, pour lui faire comprendre que son comportement était inadmissible, qu’il avait tout intérêt à changer son fusil d’épaule. Résultat des courses : ça n’y a strictement rien fait. Il en prend toujours autant à son aise. C’est pour ça : si on veut y arriver, il faut passer maintenant à la vitesse supérieure. Mais asseyez-vous ! Restez pas plantées là. Il va y en avoir pour un moment. Asseyez-vous ! La banquette vous tend les bras. Avec vue sur son attirail qui, soit dit en passant, ne casse pas trois pattes à un canard. Mais on peut le faire se retourner, si vous préférez.
– Tout-à-l’heure… On a tout notre temps.
– Oui, t’as raison, Chloé, tout-à-l’heure. Quand on lui tirera sur le cul un de ces feux d’artifice de derrière les fagots dont il nous dira des nouvelles. En attendant, vous savez que j’étais vraiment à deux doigts d’appeler sa femme. Parce qu’à force de pousser le bouchon… Mais il m’a suppliée : tout ce que je voudrais il accepterait. Absolument tout. Mais pas sa femme ! Pas sa femme ! Et voilà le résultat ! Oh, mais je l’ai bien prévenu. C’est la dernière fois. Le prochain coup, il n’y coupe pas. Je mets Séverine au courant. T’as bien compris, toi ?
Il a fait signe que oui. À grands hochements de tête précipités. Oui.
– Bon… Et maintenant on va faire un jeu. On a mené une petite enquête sur toi et on a appris des tas de choses.. C’est qu’il y en a des nanas après qui tu cours, dis donc ! Et pas qu’un peu ! Alors tu sais pas ? Tu vas nous en dresser la liste. Et tâche de n’oublier personne sinon… sinon ton sursis saute. Allez, on t’écoute !
– Valérie.
– Et un coup de martinet pour Valérie.
– Aïe !
– Après ?
– Lucile.
– Et un coup pour Lucile.
– Barbara.
– Et pour Barbara. C’est tout ?
Il a paru hésiter.
– Oui.
– Menteur !
Une dizaine de coups. En rafale. Précipités. Lancés avec vigueur.
– Aïe ! Aïe ! Aïe !
– C’est ça, piaule, mais réponds !
– Laetitia… Axelle…
– Il y en a trop. On va te faire un prix de gros. Mais avant…
Elle l’a fait descendre, a tourné la chaise.
– Là, côté cul, maintenant, les filles ! Enjoy !
Et elle s’est déchaînée. À grands coups de martinet. Sur les fesses, les cuisses, le dos. Cramponné au dossier de la chaise, il criait comme un perdu.
Jessica m’a poussée du coude.
– Regarde-la !
– Oui. Elle prend son pied, c’est clair.

Ce que, dès qu’il a été parti, elle a volontiers reconnu.
– J’étais à deux doigts de jouir, mais alors là vraiment à deux doigts.
– Peut-être la prochaine fois… S’il y en a une.
– Comment ça ?
– Ben, tu lui as dit qu’il y en aurait pas. Que, s’il recommençait, tu prévenais aussi sec sa femme. Et il recommencera. Il pourra pas s’empêcher. Tu vas le faire ?
– Oh, ben non, non. Ce serait dégueulasse. Et puis…
– Et puis il te manquerait ce type.
– Un peu.
– Et donc ?
– Le mieux, ce serait un abonnement. Il viendrait chercher sa petite correction, à date fixe, et, en échange, je lui garderais le secret.
– Et il pourrait faire tout ce qu’il veut.
– Oui, oh, ben alors là, pas question. Je garderai un œil attentif dessus.

mercredi 7 février 2018

Pauline, Jessica, Chloé et les hommes mariés (4)

Dessin de Mike

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Jessica a mis un temps fou à choisir.
– Parce que le type, c’est sûr qu’il va morfler. Il va payer pour Sylvain. Alors je veux pas me planter. …
Elle épluchait tout, s’arrêtait au moindre détail.
– Il met « d’un naturel enjoué » et, un peu plus loin, « sérieux et réfléchi » Ça va pas trop ensemble, ça, non ?
– Mais qu’est-ce tu te prends la tête ? Ils se vendent. Ils mettent n’importe quoi pour attirer l’attention. Pour essayer de sortir du lot. Ça n’a aucun intérêt ce qu’ils racontent.
– Elle a raison. Évidemment qu’elle a raison. À la limite, tu tirerais au sort que ça reviendrait pratiquement au même.
Elle a fini par jeter son dévolu sur un type qui se disait décorateur et en passe de partir s’installer aux Antilles. Dès qu’il aurait trouvé la femme de sa vie.
Pauline m’a lancé un regard affligé.
– Eh ben, ça promet !

Elle passait des soirées entières au téléphone avec lui.
– En douce qu’il est hyper intéressant à parler, les filles ! Si, c’est vrai, hein ! Il connaît des tas de choses. Il a énormément voyagé. Et puis, c’est pas le genre de mec qui la ramène. Pas du tout !
On s’inquiétait derrière son dos.
– Tu paries qu’elle est encore en train de tomber amoureuse ?
– C’est en train de se passer exactement comme ça s’est passé avec Sylvain,.
– Je mettrais pas ma main au feu qu’elle s’en soit complètement détachée de celui-là, d’ailleurs.

Pour le rencontrer, elle s’est mise sur son trente-et-un. Coiffeuse. Esthéticienne. Et s’est décidée, après de longues hésitations, pour son ensemble vert.
– Ça fait à la fois habillé et pas trop.
Il était en retard. D’une bonne demi-heure.
– Ça commence bien !
– Oh, mais parti comme c’est, elle va pas lui en tenir rigueur.
Un type couleur muraille. Avec lequel elle est restée deux heures à discuter.
Sur les talons duquel, quand il l’a quittée, on s’est bravement lancées.
– Oh, merde !
Il venait d’enfourcher un vélo. Et de disparaître, en zigzaguant, au milieu des voitures.

Elle était sur un petit nuage.
– À vélo ? Ça m’étonne pas de lui. Ça colle tout-à-fait au personnage. Qu’est génial. Absolument génial. Ah, tu t’ennuies pas avec lui. Pas un seul instant. Et puis alors, non, mais vous imaginez, les filles, qu’on aille habiter tous les deux à la Martinique ? Ou à la Guadeloupe ? Vous viendrez me voir, hein ?
– On te rappelle quand même qu’au départ, l’opération consistait à…
– Oh, mais il est pas marié ! Alors là, lui, je suis sûre et certaine qu’il est pas marié.
– On verra…
– Oui, oh, ben alors là, c’est tout vu.

– Elle est mal barrée, on dirait !
– C’est le moins qu’on puisse dire.
Il fallait prendre les choses en mains. Qu’on l’oblige à se dévoiler, le type. Avant qu’il soit trop tard. – Tu le fais ou je le fais ?
– On le fait toutes les deux. Ce sera encore mieux.
Et on l’a contacté sur le site. À quelques heures d’intervalle. Il s’est empressé de répondre. Une longue tartine à chacune. Des échanges de mail s’en sont tout aussitôt suivis.
– Il préfère les brunes.
– Ben, oui ! Il a vu ton profil. Non, avec moi, c’est les blondes qu’il préfère.
– Il adore lire.
– Il a horreur de ça.
– Et n’écoute que de la musique classique.
– Pas du tout. Il n’aime que le rap.
– Il veut m’emmener vivre en Afrique.
– Et moi, à New York.
– T’es sûre qu’il va pas finir par s’emmêler les pinceaux ?
– À force de faire, il y a toutes les chances, oui.

On a hésité à le rencontrer.
– Oui, mais si ! Que Jessica sache vraiment à quoi s’en tenir.
Je me suis profondément ennuyée une demi-heure durant. À l’écouter enfiler des banalités les unes derrière les autres. Quant à lui, il était enchanté. « Quel merveilleux moment on a passé ! On se revoit bientôt, hein ! »
Pauline, quant à elle, l’a vu le lendemain.
– Sûr qu’il est lourd ! Mais j’ai pas perdu mon temps. Il avait posé les papiers de sa voiture sur la table, devant lui…
– Donc, il roule pas qu’à vélo…
– Et quand il est parti aux toilettes… Bref. La carte grise est au nom de sa femme.
– Et, du coup, t’as ses coordonnées. Génial !

Jessica voulait pas y croire.
– Un rendez-vous avec lui ? À tour de rôle. Non, mais vous m’en poussez une grosse, là. C’est vraiment pas le genre à ça.
Il a fallu lui montrer mails et SMS.
– Non, mais j’hallucine ! J’hallucine complètement. Mais pourquoi, les filles ? Pourquoi je tombe systématiquement sur des mecs complètement tordus ?
– Parce que la plupart des mecs le sont, tiens, pardi !
– Oui, ben je vais m’occuper personnellement de son cas. Vous me le laisserez, hein ? C’est moi qui vais opérer.
– Sans problème. Fais-toi plaisir.

Elle a loué un petit appart à la journée.
– Tant qu’à faire ! Qu’on soit tranquilles.
Où elle a voulu être d’abord seule avec lui.
– Qu’il ait l’impression que tout baigne. Que ça va se passer comme il l’entend. Et puis vous vous pointerez. L’une après l’autre. À un petit quart d’heure d’intervalle.

Quand je suis arrivée, ils étaient assis tous les deux, côte à côte, sur le canapé. Il lui tenait la main.
– Chloé ! Mais qu’est-ce que tu fais là ?
– Ben, et toi ? Et avec mon Benjamin en plus !
– Comment ça, TON Benjamin ? Jusqu’à preuve du contraire, c’est le mien.
– Mais jamais de la vie enfin ! Mais dis-lui, toi ! Dis-lui ! Qu’on doit partir. Que tu vas m’emmener en Afrique. Tout ça !
– C’est-à-dire que…
– Que quoi ?
– C’est un malentendu.
– Explique alors !
C’est le moment qu’a choisi Pauline pour arriver.
– Bonjour, tout le monde ! Ça va comme vous voulez ?
Il nous a regardées toutes les trois, tour à tour, d’un air effaré. Il s’est levé, sans un mot, dirigé tout droit vers la porte.
– Eh, où tu vas comme ça ? Attends ! Attends ! Ta femme va arriver.
Il s’est littéralement statufié sur place.
– Ma femme ?
– Mais oui, ta femme ! Alyssia. On sera au grand complet comme ça.
– À moins qu’il en ait encore d’autres ailleurs.
– Ce qu’est pas impossible.
– Eh ben, réponds, toi ! T’en as d’autres ?
– Oui. Non. C’est-à-dire…
– Qu’il y en a tellement que t’arrives même plus à les compter. C’est ça ?
Il a roulé des yeux horrifiés.
– Ma femme…
– Ne va pas te tomber dessus, n’aie pas peur ! Par contre, on va aller la trouver, toutes les trois, dès ce soir, et la mettre au courant. Ça, tu n’y couperas pas. À moins que…
– Combien vous voulez ? Je vous donnerai. Tout ce que vous voulez.
– Non, mais écoutez-le ! Ah, c’est que ça va tourner vinaigre, hein, si bobonne apprend tout ça. Mais on en a rien à foutre de ton pognon. C’est pas ça qu’on veut.
Jessica a confirmé.
– Non, c’est pas ça.
Elle a détaché sa ceinture, l’a fait claquer en l’air.
– C’est que tu nous offres quelques petites compensations. Qu’est-ce t’en dis ?
Rien. Il n’en disait rien. Absolument rien. Il contemplait ses godasses.
– C’est ça ou, ce soir, faudra que tu règles le problème directement avec elle. Ce qui ne sera manifestement pas une partie de plaisir. T’as vingt secondes pour te désaper. Pas une de plus, sinon…
Il n’a pas protesté. Il n’a pas cherché à discuter non plus. Il s’est exécuté.
– Garde tes chaussettes. T’es plus cake comme ça.
Elle lui a fait signe d’aller s’agenouiller au bord du canapé. Et elle a cinglé. Vigoureusement. De là où on était, Pauline et moi, on avait une vue imprenable sur ses fesses qui se soulevaient et s’abaissaient, s’ouvraient et se fermaient en cadence. Sur ses coucougnettes qui ballottaient entre elles. Elle tapait. Méthodiquement. Inlassablement. Sa croupe, l’arrière de ses cuisses se couvraient de zébrures rosées du plus bel effet. La tête enfouie dans les coussins, les bras en croix, il gémissait sans discontinuer.
Elle s’est arrêtée d’un coup.
– Dégage ! On t’a assez vu.
Tout juste s’il a pris le temps de se rhabiller. Et il a détalé.
Jessica a remis sa ceinture.
– Ah, ça fait du bien. Ça soulage.
Pauline s’est redressée.
– Quand même il y a un truc qui m’inquiète sacrément, moi, les filles ! C’est que plus ça va et plus j’y prends goût à tout ça.
– Ce qui tombe bien. C’est à nouveau ton tour.

mercredi 31 janvier 2018

Pauline, Jessica, Chloé et les hommes mariés (3)

Dessin de Mike:

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– On s’en trouve un autre ?
– Oh, oui, oui. Je me suis trop régalée, moi ! Comment il était mal à l’aise, le type !
– Faut dire qu’il y avait de quoi !
– Tu vas quand même pas le plaindre !
– Ah, ça, non ! Il y a pas de risque. Parce que, pour dire qu’il se fout allègrement de sa bonne femme, sans compter les autres nanas, à qui il fait miroiter monts et merveilles pour arriver à ses fins, une fessée, c’est vraiment pas cher payé.
– Bon, ben on remet ça alors ? À qui le tour ? Chloé ?

À mon tour. J’ai passé la soirée et une bonne partie de la nuit à éplucher une multitude de profils pour finalement arrêter mon choix, après bien des hésitations, sur un type qui se la jouait à l’original forcené. Ce qui m’a déterminée, c’est l’envie de voir ce qu’il y avait vraiment derrière. Une véritable personnalité ou un individu falot cherchant à donner l’illusion de ce qu’en réalité il n’était pas.
Les filles se sont montrées dubitatives.
– T’es sûre de ton coup, là ?
– Ça coûte rien d’essayer.
– J’ai bien peur qu’on perde notre temps.

Au vu de nos premiers échanges, par mail comme par téléphone, j’étais pas loin de leur donner raison. Il éludait toutes mes questions, s’en tirait, chaque fois, par une pirouette ou une plaisanterie. Bref, il me filait entre les doigts. Tant et si bien que c’est moi qui ai fini par lui proposer une entrevue. Pour en avoir le cœur net.
Il était beau gosse. Souriant. Séducteur dans l’âme. Et jeune. Très jeune. Pas plus de vingt-quatre ou vingt-cinq ans.
Pauline et Jessica, qui l’avaient observé, de dehors, n’en revenaient pas.
– Tu te demandes ce qu’un type comme ça fout sur un site de rencontres.
– Il est pas marié, si ça se trouve.
– Ben ouais, parce qu’au début, ils la trompent pas, leur femme. C’est après que ça les prend.
– Tu vas voir que ce mec, avec un peu de chance, tu vas faire ta vie avec. Ce serait quand même fou, ça, non ?
– De quoi vous avez parlé ?
– De rien en fait. Strictement rien. Dès que ça devient un peu sérieux, il prend des chemins de traverse. Et il plaisante. Il arrête pas de plaisanter. À mon avis, c’est le genre de mec qu’est convaincu que, pour mettre une femme dans son lit, il faut la faire rire.
– C’est quoi, son boulot ?
– Si je vous dis que j’ai pas réussi à le lui faire cracher, vous allez me croire ?
– C’est comme pour savoir où il habite. Ça va pas être simple. Il a pris le métro. Et là, on l’a perdu de vue quasiment tout de suite.

À la deuxième rencontre, je l’ai laissé causer, causer et encore causer et puis, d’un coup, j’ai attaqué bille en tête.
– Qu’est-ce tu veux en fait ?
Il s’est troublé.
– Comment ça ?
– Ben, je sais pas. Tu parles pour ne rien dire. Tu brasses du vent. Tu cherches pas à ce qu’on fasse vraiment connaissance. Alors moi, ce que je me demande, c’est ce que tu peux bien fabriquer sur un site de rencontres. Je te plais pas ? Tu me trouves trop âgée par rapport à toi. Dis-le carrément. J’en ferai pas une maladie.
– Mais non, c’est pas ça.
– C’est quoi alors ?
– Non, rien. Je suis con. Laisse tomber ! Vaut mieux qu’on s’en tienne là.
– T’es marié, hein, en fait !
Il m’a lancé un regard stupéfait.
– Comment tu le sais ?
– T’es marié. Et t’as à la fois envie et pas envie d’aller voir ailleurs. Alors tu te jettes à l’eau, mais, en même temps, tu freines des quatre fers. Tu te débrouilles pour que ça marche pas. Pour que la nana, elle t’envoie sur les roses. Parce que tu culpabilises. C’est pas vrai ce que je dis là ?
– J’aime ma femme.
– Ce qui, pour le moment, te retient de la faire cocue, mais dans un an, dans deux ans, quand la passion se sera affadie, quand la routine se sera installée, tu la tromperas allègrement.
– Je sais pas. Je…
– Bien sûr que si ! Et tu foutras ton couple en l’air. Parce qu’un jour ou l’autre, elle l’apprendra. Et elle le supportera pas. Alors peut-être que la solution, ce serait d’allumer tout de suite des contre-feux. Que je la mettre au courant. Tu n’es pas encore passé à l’acte. Elle se montrera indulgente…
– On voit que tu la connais pas.
– Par contre, elle te placera sous haute surveillance, oui, ça, sûrement.
– Tu peux pas la prévenir n’importe comment. Tu la connais pas.
– J’ai ton nom. Et je sais où t’habites. Tu jacasses tellement dans tous les sens que tu ne t’es seulement pas rendu compte que tu te trahissais tout seul. Comme un grand.
– Je suis mort, quoi !
– Quand on joue avec le feu… Oh, mais fais pas cette-là ! Je suis pas un monstre. Je vais rien lui dire à ta dulcinée.
Son visage s’est éclairé.
– Oh, merci ! Merci !
– Non. Je vais te proposer, à la place, une peine de substitution.
Et aussitôt rembruni.
– Comment ça ?
– Ben oui, reconnais avec moi qu’on ne peut pas, dans ton intérêt, ne pas marquer le coup. Il y a eu faute. Il faut qu’il y ait sanction. Sans compter que, comme ça, tu sauras, à l’avenir, que le moindre petit coup de canif dans le contrat peut te retomber à tout moment sur le coin de la figure. Sans crier gare.
– Ça va être quoi ?
– Une fessée…
– Une fessée, mais…
– Tu as quel âge ?
– Vingt-deux.
– Oui, ben t’es encore en âge d’en recevoir. En plus, ça te fera un bien fou, tu verras. Tu te sentiras beaucoup mieux après. Parce que t’auras payé ta dette.
Je me suis levée.
– Je t’attendrai samedi. À quatre heures. À cette adresse.
Il a pris la carte. S’est levé à son tour.
– Et tâche de pas oublier. Sinon, une heure après, ta femme est au courant.

À quatre heures tapantes, il était là.
– Ah, ben c’est bien, toi, au moins, t’es ponctuel. Bon alors, maintenant tu te déshabilles. Tout, t’enlèves. Et tu me rejoins à côté.
Quand il est entré, qu’il s’est trouvé nez à nez avec Pauline et Jessica, il a, d’instinct, ramené ses mains en coquille sur son bas-ventre.
Elles ont éclaté de rire.
J’ai haussé les épaules.
– Allons ! Allons ! Qu’est-ce que c’est que ces pudeurs de jeune fille ! Viens ici plutôt ! Là… En travers de mes genoux. Sur lesquels il s’est docilement incliné. Je l’y ai bien calé.
– Prêt ?
Il a vaguement bredouillé quelque chose.
– Alors, feu !
Et je m’en suis donné à cœur-joie. Une bonne vieille fessée à la main. Lancée de haut. Lancée de loin. À plein régime. Ça claquait. Ça résonnait. Elles rougissaient à vue d’œil, ses fesses. Et elles vivaient. Elles se contractaient, elles s’ouvraient, elles se resserraient en cadence. Il a commencé doucement à se plaindre. De plus en plus fort. De plus en plus profond. Et puis il a crié. Sans la moindre retenue. Sans la moindre pudeur.
Je l’ai laissé se relever.
– C’est bon. Tu peux aller te rhabiller. Et rentrer retrouver ta femme.
Il a trottiné jusqu’à la porte en se tenant les fesses.

On l’a suivi des yeux, par la fenêtre, jusqu’à ce qu’il ait disparu derrière la pharmacie.
– Ça marche, n’empêche ! Ça marche à chaque fois.
– Et ça marchera encore. Un mec marié, il est prêt à tout – absolument tout – pour pas que sa femme sache qu’il le trompe.
– En attendant, c’est quand même plus agréable quand ils sont jeunes, comme celui-là, avec des petites fesses bien fermes.
– Oui, et puis je sais pas vous, mais moi, quand le mec il est pudique, comme c’était le cas là, je trouve que c’est beaucoup plus agréable à regarder.
– Parce que tu vois aussi sa gêne.
– Il y a un truc que je voudrais te demander, Chloé, toi qui l’avais sur les genoux. Il bandait ?
– Pas du tout, non. Au contraire. C’était tout recroquevillé. Tout rabougri.

mercredi 24 janvier 2018

Pauline, Jessica, Chloé et les hommes mariés (2)

Dessin de Mike:

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Une petite semaine de SMS, de coups de téléphone.
– Il m’en raconte, mais il m’en raconte ! À l’entendre, il dirige cinq ou six entreprises à lui tout seul. Il a des succursales en Chine, au Brésil et tutti quanti.
– Il te prend pour une conne, quoi !
– On peut dire ça comme ça.
– Et, bien entendu, il est libre.
– Comme l’air.
– Et n’a jamais eu de chance avec les femmes, je parie !
– T’as tout compris.
Une petite semaine et le type – Adrien, il s’appelait – a voulu une rencontre. Que Pauline lui a bien volontiers accordée. À condition que ce soit dans un lieu public. Un café.
Jessica et moi, on s’est installées aux premières loges, à la terrasse de celui d’en face. Des types entraient, sortaient. A fini par en surgir un d’allure parfaitement insignifiante.
– C’est lui ! C’est celui-là. Je suis sûre que c’est lui.
– Eh ben dis donc ! Faudrait vraiment avoir rien d’autre à se mettre sous la dent.
Ils sont restés plus d’une heure à l’intérieur à discuter.
– Bon, alors, qu’est-ce qu’ils foutent ?
Se sont enfin décidés à sortir. Séparés sur le trottoir.
On l’a discrètement pris en filature. De loin.
– Quand je pense qu’on va lui tanner le cul ! J’arrive pas à y croire.
– Attends ! Attends ! C’est pas encore fait.
Jusqu’à sa voiture qu’il avait garée dans une petite rue latérale. Une Twingo grise.
– Bon, ben voilà ! On connaît sa voiture maintenant.
Il a démarré en trombe.
– Et on a le numéro.

– Qu’est-ce que vous avez bien pu vous raconter pendant tout ce temps-là ?
– Devinez, les filles !
– Il a parlé de lui.
– Voilà. De lui. De lui. Et encore de lui.
– Comme la plupart des mecs. C’est le seul sujet de conversation qu’ils trouvent intéressant.
– Oh, ben dis donc, la purge !

Ils se sont revus quelques jours plus tard.
– C’est pas que ça m’enthousiasme, mais bon… Si on veut arriver à nos fins.
Jessica et moi, on est parties, pendant ce temps-là, à la recherche de sa voiture. Qu’on a trouvée sans difficulté. À quelques encablures de laquelle on a garé la nôtre. Et on a attendu. Une bonne demi-heure. Au bout de laquelle il a fait sa réapparition en sifflotant.
– Allez, go ! On le suit.
Un bon morceau d’autoroute. Un petit bout de Nationale.
– Faudrait pas qu’il s’aperçoive qu’on le piste…
– Penses-tu ! Il est sur un petit nuage, là. Il pense à Pauline. Il y a rien d’autre qui compte. Il voit rien. Il entend rien. Pauline… Pauline… Pauline… Qu’il est convaincu de sauter incessamment sous peu. Il s’en pourlèche les babines tout en conduisant.
Une zone pavillonnaire. L’une des toutes premières maisons. Dont il a actionné le portail électrique.
On a poursuivi notre route.
– Bon, ben voilà, mission accomplie. Suffira de revenir relever discrètement, demain ou après-demain, le nom sur la boîte aux lettres. Et d’aller ensuite faire un tour sur les pages blanches. Et, dans la foulée, sur Internet.

– Bon, ben il y a plus qu’à alors… Maintenant qu’on a tous les renseignements qu’il nous faut.
– Déjà !
– Franchement, c’est pas le genre de mec avec qui t’as envie de faire traîner les choses en longueur. Je me fais chier avec, mais je me fais chier ! Alors on lui flanque sa petite correction et on passe à autre chose. Ou à un autre. Allez, je l’appelle et on en finit.

Dans le hall de l’hôtel, quand il a aperçu Pauline, son visage s’est éclairé d’un large sourire. Il lui a pris le bras. Jessica et moi, on s’est approchées.
– Bonjour, Luc.
– Bonjour…
D’un air complètement hébété.
– Vous nous reconnaissez pas ? On est des amies de Séverine, votre femme.
– Je n’ai pas…
Et il a voulu entraîner Pauline. Qui ne l’a pas entendu de cette oreille.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tu es marié ?
– Mais pas du tout. Viens ! Je les connais pas. Ce sont deux folles.
Deux folles qui les ont suivis jusqu’à la porte de la chambre. Auxquelles il a voulu fermer la porte au nez. Que Pauline l’a obligé à laisser entrer.
– Ah, mais si ! Si ! Je veux en avoir le cœur net. Il est marié ?
– Bien sûr qu’il est marié. Avec Séverine, une coiffeuse. Tenez ! Voilà son numéro. Appelez-la si vous voulez.
Elle a fait mine de commencer à composer le numéro.
– Attends ! Attends ! Je vais t’expliquer.
– M’expliquer quoi ? Que t’es un gros salopard ?
– Non ! Non ! C’est parce que…
– Et il y en a beaucoup, comme ça, que tu roules dans la farine ?
– C’est la première fois, je te jure.
– Ben, bien sûr ! Non, mais c’est bon, là, faut la mettre au courant, ta bonne femme.
– Fais pas ça, je t’en supplie ! Tu te rends pas compte des conséquences.
– Ah, oui ? Je fais quoi alors ? Je te flanque une fessée pour te faire passer l’envie de recommencer ? Oui, tiens, c’est une idée, ça ! Allez, baisse ton bénard !
– Hein ? Tu peux pas me demander ça !
– Si, je te le demande ! Si ! Allez ! Le cul à l’air ! Non ? Bon…
Et elle a composé le numéro.
– Ça sonne.
– Raccroche ! Raccroche !
– À poil, alors !
Il a paru hésiter.
– Allô…
Oh, comment il s’est dépêché de le quitter le falzar !
– Raccroche ! Raccroche !
Pauline a posé le téléphone, tiré un tabouret, s’est assise.
– Viens là ! Plus près ! Ton slip !
Il a hésité et puis il l’a baissé. Jusque sur les mollets. Elle l’a saisi par le bras, fait basculer en travers de ses genoux.
Il a fait une dernière tentative.
– S’il te plaît, tu vas pas…
Elle a lancé une première claque. Pas très fort. Une autre. Une dizaine. Et puis ça s’est brusquement emballé. De plus en plus fort. De plus en plus vite.
Jessica a chuchoté.
– Elle y prend goût, on dirait.
Elle y prenait goût, oui, c’était clair.
– Elle s’arrêtera pas !
– En attendant, comment ça le lui met rouge.
Lui, il commençait à gigoter, à se soulever du derrière et à piauler. Des espèces de borborygmes plaintifs d’arrière-gorge.
Elle s’est interrompue d’un coup.
– Dégage !
Il s’est reculotté. En nous tournant le dos. Et il a filé sans demander son reste.
Il avait à peine refermé la porte qu’on est parties, toutes les trois, d’un gigantesque fou rire.
– Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.
– Sa tête, non, mais sa tête !
– En tout cas, il est pas près d’y remettre le nez.
– Oui, oh, alors ça !

mercredi 17 janvier 2018

Pauline, Jessica, Chloé et les hommes mariés (1)

Dessin de Mike:

http://placardemike.blogspot.com

Jessica s’est laissée tomber sur le canapé en poussant un soupir à fendre l’âme.
– Faut quand même que je sois un peu conne, avouez, les filles ! Parce que le type qu’arrive jamais à se libérer un week-end, qui veut pas que tu l’appelles après sept heures du soir, il y a quand même toutes les chances qu’il y ait anguille sous roche.
– C’est pas faute de te l’avoir répété. Tant et plus. Sur tous les tons.
– Je sais bien, oui, mais quand on a envie d’y croire…
– Bon, mais il t’a dit quoi, alors, finalement ?
– Ben ça ! À force que je le pousse dans ses retranchements. Qu’il était marié, mais que ça allait pas durer. Parce qu’il est en instance de divorce. C’est l’affaire de quelques semaines de patience.
– Oui, oh, alors là ! Tu veux qu’on te dise ce qui va se passer ? Parce qu’on connaît le truc toutes les deux. On a déjà donné. Dans trois ou quatre mois, à force que tu le tarabustes, il va finir par t’avouer que la procédure de divorce n’est pas encore vraiment engagée, mais que ça se fera. Sûr. Mais pas tout de suite. Plus tard. Quand sa femme sera sortie de sa dépression nerveuse. Quand les enfants seront grands. Quand la maison sera finie de payer. Au choix. Quand les poules auront des dents, quoi, en fait ! Parce que, en réalité, ils ont jamais vraiment envie de la quitter leur bonne femme, ces types. Ils jouent à se le faire croire. Et à te le faire croire. T’auras beau dire et t’auras beau faire, tu resteras toujours la maîtresse, celle à qui on dispense quelques miettes, quand on en est, et un peu d’espoir quand elle commence à perdre patience.
– C’est dégueulasse !
– Ça, on te le fait pas dire. Mais c’est comme ça. Quatre-vingt-quinze pour cent des inscrits, sur les sites de rencontre, ils sont déjà mariés.
– Les salauds ! Bon, mais qu’est-ce que je fais, moi, alors, pour Sylvain ?
– On n’a pas de conseils à te donner, mais nous, à ta place, on se sauverait en courant. Tu perds ton temps.
– Et après ? Je fais quoi, moi, après ? Je me trouve un mec où, s’ils sont tous vérolés, ces sites  ?
– Bonne question.
– C’est ignoble de jouer comme ça avec les sentiments des gens. Je sais pas ce que je leur ferais, tiens, moi, si je pouvais…
Pauline a proposé.
– Et si on leur donnait une petite leçon ?
– Comment ça ?
– Ben, un mec marié qui court, sa grande terreur, c’est que sa femme découvre le pot-aux-roses. Alors, imaginez ! On en flaire un sur Internet. Il y en a une de nous trois qui le contacte. Qui le fait un peu mariner. Qui le rencontre. Les deux autres, elles, elles le pistent discrètement quand il repart. Elles repèrent où il habite. Elles s’assurent, d’un petit coup d’œil à la boîte aux lettres, qu’il est bien marié. S’ensuivent d’autres rencontres. Il s’enflamme, le type. Il envoie des tas de messages. De plus en plus compromettants. Il se fait pressant. Un rendez-vous ! À l’hôtel. Un rendez-vous ! Il n’a plus que ça en tête. Le grand jour finit enfin par arriver. Il se précipite, la bave aux lèvres et la queue en batterie. Et il nous trouve toutes les trois dans la chambre. Il est un peu interloqué, mais il essaie de rien laisser paraître. Des fois, on sait jamais, qu’il en ait trois pour le prix d’une. « Alors comme ça, on est marié ? » « Hein ? Ah, mais pas du tout ! Pas du tout ! » « Menteur ! Tu sais que c’est pas beau du tout de tromper sa femme ? Que tu mériterais d’être puni pour ça ? Et que d’ailleurs tu vas l’être. »
Il panique. Il déglutit. Il jette tout un tas de regards inquiets et implorants autour de lui.
« Eh, oui ! Tu vas gentiment te déculotter. Histoire qu’on te donne une bonne fessée qui te fera passer l’envie d’aller chercher ailleurs ce que t’as à la maison. Sinon… Sinon, demain matin, à la première heure, ta femme sera au courant de tes agissements. Preuves à l’appui. »
Il essaie de gagner du temps, de discuter, d’apitoyer, mais, on se montre intraitables. Déterminées. Et, au final, il a pas le choix. Bien obligé de se résoudre, la mort dans l’âme, à nous offrir son petit derrière pour une bonne claquée.
Jessica a applaudi des deux mains.
– Génial ! C’est vrai, ça ! Il y a pas de raison que ce soit toujours eux qui mènent la danse. Un peu à notre tour. On commence quand ?
– Oh, mais quand on veut. Tout de suite si on veut.
– Eh bien, allez alors !
Et on s’est rassemblées, toutes les trois, autour de mon ordinateur. On a fait défiler les profils.
– Première règle, les filles, on en choisit un qu’a pas mis de photo. S’il l’a pas fait, c’est peut-être qu’il est laid à faire peur, mais c’est, plus vraisemblablement, parce qu’il redoute qu’une bonne copine de sa femme, passant par là, le reconnaisse et vende la mèche. On est donc sur la bonne voie.
On a longuement hésité. Et finalement arrêté notre choix sur un type qui se disait chef d’entreprise. Sans plus de précisions.
– Oui, mais alors ça, moi, je demande à voir. Parce que vous avez remarqué ? Ils sont tous ou professeurs ou commerçants ou cadres de quelque chose.
La trentaine.
– Pareil. Rajoutez une bonne dizaine d’années.
Et bourré de qualités. Intelligent. Cultivé. Sportif. Tolérant. Sentimental. Plein d’humour.
– Il va pas dire le contraire.
Bon, mais alors, qui c’est qui s’y collait la première ?
– Pauline ! Pauline ! C’est elle qu’a eu l’idée.
Et Pauline a envoyé un premier message.

vendredi 23 octobre 2015

Studieuse rentrée: récit de Lisa (2)

Et, évidemment, maintenant, plus moyen d’émettre quelque critique que ce soit à l’encontre de Damien… Émilie monte tout de suite sur ses grands chevaux…
– Oh, tu vas pas remettre ça, écoute ! T’as bien vu l’autre soir… T’en disais pis que pendre… Eh bien, quand on est rentrées, il était là, assis bien sagement devant la télé… Non… j’en fais ce que je veux, je t’assure… Et dans tous les domaines… Un mec, tu vois, le signe que t’as complètement barre sur lui, c’est quand, pour le cul, c’est toi qui décides… Qu’il faut qu’il attende que t’en sois… Et je peux te dire que, de ce côté-là, Damien ça lui viendrait même pas à l’idée de venir me quémander que ce soit… Il sait que c’est pas la peine… Que je l’enverrais sur les roses… Et que la seule chose qu’il y gagnerait, c’est de m’indisposer à son égard… Et de devoir attendre un peu plus longtemps encore… Non… C’est quand MOI je veux… Et comme je veux… Et comme je veux, ça veut dire que c’est moi qui suis dessus… À chaque fois… Ça a l’air de rien, ça… Mais c’est hyper important… Ça met les choses bien en place… Et ça donne son sens à tout le reste…

Elle m’amuse… Non, mais elle m’amuse vraiment, là… Qu’est-ce qu’elle croit ? Que son Damien il attend bien sagement qu’elle ait envie de le chevaucher… T’as qu’à y croire… Un mec, c’est un mec… Dans un cas comme celui-là, il a forcément recours à des solutions de substitution… Et il y en a pas trente-six… Bon, mais je sais ce qui me reste à faire… Et je sens qu’on va pas s’ennuyer…

L’occasion s’est présentée dès le lendemain…
– Tiens, t’es encore là, toi ? T’as pas cours ce matin ?
– Elle est malade la prof… Je commence qu’à dix heures…
– Oui, ben moi je file… Si je veux pas être à la bourre…

Un tour de pâté de maisons… Un deuxième… Et je suis remontée… Je lui suis tombée dessus… Sans crier gare… Affalé sur le canapé du salon, il s’offrait, comme prévu, une petite compensation…
– Ah, ben tout va bien, à ce que je vois…
Il s’est reculotté… Tant bien que mal… A maladroitement cherché à me dissimuler une photo…
– Qu’est-ce que c’est ? Fais voir ! Mais si, fais voir, quoi !
J’ai voulu m’en emparer… Il s’est défendu comme un beau diable… Elle s’est déchirée… Et il m’en est resté entre les mains un morceau suffisamment grand pour que je puisse la reconnaître… C’était moi… Une photo de moi en maillot de bains, sur la plage de Collioure, qu’il avait probablement subtilisée dans l’album d’Émilie…
– Ah, ben d’accord !
Comme quoi j’étais pas si loin de la vérité en le menaçant de raconter à Émilie qu’il s’intéressait de très près à moi…
– Non, mais attends ! Je vais t’expliquer…
– Expliquer quoi ? C’est suffisamment clair, non ? Et j’en connais une qui va être ravie quand elle va apprendre ça…
– Tu vas pas lui dire ?
– Émilie est mon amie… Depuis des années… On n’a jamais eu aucun secret l’une pour l’autre…
– S’il te plaît, Lisa, s’il te plaît, je t’en supplie… Je recommencerai plus…
– Mais bien sûr ! Je vais te croire…
– Tu te rends pas compte…
– Oh, si, je me rends compte… Je me rends parfaitement compte… Bon, mais faut que j’y aille… Cette fois faut vraiment que j’y aille…

Le soir, il a remis ça… Juste avant qu’elle rentre…
– Tu vas vraiment lui dire ?
– Non… Enfin si ! Ça dépend… Il y a deux solutions… Ou bien tu files, dès à présent, retrouver tes fameux copains de café… Passer un bon moment avec eux…
– Oui, mais…
– Ça va te valoir une bonne fessée, oui, ça, c’est sûr… C’est le but… Ou bien alors je la mets au courant, dès qu’elle sera rentrée, de ce que tu faisais ce matin sur le canapé du salon… Ce qui te vaudra, là aussi, une bonne fessée… À toi de voir ce que tu préfères…
Il a haussé furieusement les épaules… M’a lancé un regard noir…
– Ce que je préfère ? Je vais me casser… Voilà ce qui va se passer…
– Allons ! Allons ! Tu sais bien que ça, c’est pas possible… Émilie t’a prévenu : le soir même tout le monde serait au courant du traitement auquel elle soumet ton petit derrière… Je confirmerais, bien sûr… Et Mademoiselle Lancel aussi… Te fais pas d’illusions là-dessus…
Il s’est levé d’un bond… A violemment claqué la porte derrière lui…

– Mais qu’est-ce qu’il fabrique ? Neuf heures il va être… Et il t’a rien dit ?
– Non… Il est rentré… Il a posé ses affaires et il est reparti comme il était venu…
– Il va y avoir droit… Où qu’il soit allé… Il doit être là quand je rentre… Il le sait…
– Oui, oh, à mon avis ça l’a repris… Il est au bistro… Avec ses copains…
– Ça, ça m’étonnerait après tout ce que…
– Oui, ben pas moi…
– Je vais voir… Mais si c’est ça… Alors là si c’est ça, il a pas fait le plus dur…

mercredi 7 octobre 2015

Studieuse rentrée: récit de Damien (2)

C’était cousu de fil blanc. Et manigancé par Lisa. À tous les coups. Lisa qui devait remettre ça sans arrêt sur le tapis quand elles étaient toutes les deux toutes seules…
– Tu parles ! Il attend que ça, oui ! À peine t’auras tourné le dos qu’il va s’y précipiter au café… – Oh, non ! Non ! Plus maintenant… Ça lui est passé ce truc-là…
– T’as qu’à y croire… Alors là, j’te parie ce que tu veux…

Et elles m’ont tendu un piège… Un véritable traquenard…
– On te laisse… On va passer la nuit chez une copine toutes les deux… Entre filles… À demain…
J’étais pas complètement idiot… Si elles croyaient que j’allais donner dans le panneau ! Et je me suis confortablement installé devant la télé… Où je me suis – très vite – copieusement ennuyé…

Et si ? Parce qu’elles allaient rentrer et me tomber dessus… Oui… Ça faisait pas l’ombre d’un doute… Mais en faisant vite ? Très très vite… Juste le temps d’avaler une bière et d’échanger trois mots avec les copains… Sauf que… je me connaissais… Et je les connaissais… “T’as bien cinq minutes…” “C’est quand même pas elles qui vont imposer leur loi…” “Allez ! Juste une… C’est ma tournée…” Et une heure après j’y serais encore… Voire deux… Et au retour…

J’avais eu le nez fin… Parce qu’il s’était pas écoulé une demi-heure que… la porte d’entrée…
– Ah, tu vois… Qu’est-ce que je te disais ! Il est là…
Discrètement… À mi-voix… Et puis… Tout fort… En jetant son sac sur le canapé…
– Bon, ben c’est annulé finalement… Elle s’est trouvé un mec dans l’intervalle… Mais quand même elle aurait pu prévenir… C’est la moindre des choses, non ?

Le lendemain, Lisa n’est pas allée bosser…
– Non… J’ai pas envie… Une petite semaine je vais me prendre… Ça me fera pas de mal…
Et on a déjeuné ensemble… Tous les deux… Elle et moi…
– N’empêche que t’es un petit malin, toi…
– Comment ça ?
– T’as flairé le coup hier soir, hein ?
– Quel coup ?
– Te fais pas plus bête que tu n’es… Je t’ai parfaitement percé à jour… On me la fait pas à moi…
– Je comprends pas…
– Mais bien sûr ! En attendant, je suis restée sur ma faim, moi ! Parce que je m’en faisais par avance une véritable fête de la fessée que t’allais te ramasser… J’adore ça voir ton peti cul prendre de belles couleurs et gigoter sous les claques… Oh, mais ce n’est que partie remise… Il y aura d’autres occasions… Je te fais confiance…

Elle a remis ça le mardi… Le soir… Juste avant qu’Émilie rentre du boulot…
– Ben alors ! C’est comme ça que tu tiens tes promesses ?
– Hein ? Mais j’ai rien promis…
– C’est tout comme… Non… Tu fais preuve de mauvaise volonté, là… Va falloir que je prenne sérieusement les choses en mains si ça continue…

Et le surlendemain… Le jeudi…
– C’est en train de devenir une tradition nos petits déjeuners en tête à tête, hein…
– On dirait, oui…
– Et pour toi une habitude d’en profiter pour plonger goulûment ton regard dans l’échancrure de ma chemise de nuit…
– Mais jamais de la vie !
– Ah, elle va être contente d’apprendre ça Émilie…
– Mais c’est pas vrai !
– On s’en fiche, ça… L’essentiel, c’est qu’elle le croie… Et qu’elle te punisse pour ça…
– Hein ? Mais c’est dégueulasse…
– Sinon… Ce que je peux aussi, c’est lui raconter que tu me fais des avances… Que tu m’as carrément proposé de coucher… Ou même que t’as essayé de me coincer dans la salle de bains… Je sais pas… Je me tâte… Qu’est-ce t’en penses, toi ?
– Tu vas pas faire ça ?
– Ben, pourquoi ?
– Mais parce que…
– Parce qu’elle va t’en flanquer une ? Ah, ben ça, c’est sûr… Et carabinée… D’autant que je peux t’assurer que je pousserai à la roue… Alors moi, j’ai pas de conseils à te donner, mais, à ta place, je m’arrangerais pour la mériter tout seul cette fessée… Pour autre chose… Comme un grand… Hein ? Qu’est-ce t’en penses ? Oh, mais je suis sûre que tu vas te montrer raisonnable… Que tu vas pas m’obliger à inventer tout ça… Et rapidement… Sous deux jours… Parce que sinon…